Anti-Personnel 2020 impression numérique sous plaque pvc

Avec l’exposition Anti-Personnel, Jérémie Priam nous livre sa fascination pour la nature humaine. Son travail révèle l’ambiguïté de notre espèce, aussi grande par son génie que par sa capacité de destruction. L’artiste s’attache à montrer l’absurdité de nos actions, en interrogeant les modes de consommation, les choix politiques et les dérives religieuses. Anti-Personnel, terme militaire qui désigne les armes spécialement conçues pour ôter la vie humaine, est également évocateur de l’auto-destruction.
Anonyme en tous points, l’humain est, dans le travail de Jérémie Priam, dépossédé de son identité. Sexe, race, et condition sociale disparaissent et la représentation tend à une universalité. Pourtant, de ces compositions se dégage une certaine beauté, et en dépit de l’horreur à laquelle nous faisons face, c’est l’espoir qui domine. Entre squelettes amoureux et explosions étoilées, Jérémie Priam fait le portrait d’une société à l’agonie.

Pauline Bonnet, agrégée en arts plastiques, doctorante en arts caribéens.

Overdogme  / linogravure impression manuel  – 36 x 50 cm / 2020 / papier

Le travail proposé par Jérémie Priam explore la violence de la domination judéo-chrétienne. L’emploi de symboles forts suggère un regard critique sur le pouvoir qu’ont les institutions religieuses sur la pensée des masses.
L’estampe montre le chef de l’église catholique brandissant un crucifix surmonté d’un cerveau rouge. La figure du pape (étymologiquement « le père ») est livrée ici dans ce qu’elle a de plus solennel, parée de ses attributs qui lui confèrent autorité et pouvoir. À travers le jeu des lignes et des couleurs, c’est une figure paternelle autoritaire et sombre qui est symbolisée dans ce travail.
Le pontife, qui préside l’église catholique, tient fermement un crucifix. Signe du pêché, il représente la culpabilité du sacrifice que les fidèles doivent porter et ramène à l’idée que l’homme est originellement mauvais. La perspective du pardon est entendue ici comme une aliénation du comportement approuvé par l’église et son autorité.
À la figure papale et au crucifix est rajoutée l’image d’un cerveau rouge, par opposition colorée au noir et blanc. Organe arraché à son individualité, il est placé au sommet de la croix qui devient alors un sceptre. Le cerveau en tant que siège des idées, des prises de décisions et du libre arbitre de chacun, devient propriété de l’église. Renfermant également la mémoire individuelle, le cerveau sous contrôle de la religion devient symbole de sa domination sur l’histoire collective. L’aliénation spirituelle et le contrôle sur la pensée, sont brandis sous la forme d’un trophée, une conquête de plus dans la colonisation judéo-chrétienne.
La technique utilisée, l’estampe, rend l’œuvre reproductible et réemploie les codes de la propagande pour marquer l’empreinte des images sur la pensée. Dans ce travail, le pape et ses symboles sont identifiés clairement et l’ensemble est reconnaissable comme étant allégorique. Cette production graphique se veut être un point de vue acide sur la religion catholique. Faisant suite à une série de gravures, elle poursuit le questionnement engagé de l’artiste sur la religion, en particulier sur le territoire martiniquais où le contexte spirituel post-colonial est ambiguë. 

Pauline Bonnet, agrégée en arts plastiques, doctorante en arts caribéens.

série vanité personnelle / 2017 / Linogravure / papier 21 X 29,7 cm 

Un questionnement sur les croyances religieuses et culturelles est abordé ici. A travers cette série d’estampes, c’est un sentiment de frustration qui s’exprime. Symboles et icônes sont utilisés dans des assemblages graphiques pour matérialiser le croisement des cultures propre aux societes antillaises. C’est également l’occasion de dénoncer le risque d’anéantissement de notre ancestralité à travers les dérives du christianisme.

série vanité personnelle / 2017 / Linogravure / papier 24 X 18 CM

sans titre, 2013 / gravure sur plaque de cuivre / papier / 42 x 29,7 cm

Ces gravures représentent des corps féminins confondus, enchevêtrés voire empilés. L’accent est mis sur des zones érotisées de façon à exprimer l’objectification et la marginalisation des femmes. Bien que dénonçant une société misogyne, il surgit de cette plastique une douceur excessive qui tend vers le grotesque.